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En fonction
de la météo !

Fox-Roméo-Yankee ,piste
27 en service, pression 1012 QNH, vent du 240 - 4 à
5 nœuds, rappelez " aligné prêt à décoller…
"
Moteur au ralenti, l'avion
est au bord de son envol ; la douce lumière rosée du
tableau de bord éclaire faiblement les instruments,
les feux de navigation irisent l'extrémité des ailes.
Tel un rapace nocturne, il s'apprête à quitter son aire
pour explorer les ténèbres.
Les lampes bleutées des
taxiways s'estompent au profit des blanches qui bordent
la piste, là-bas, loin devant, la barrière des feux
rouges marque la fin du monde éclairé ; plus loin, la
nuit noire, l'inconnu, la projection dans un ailleurs
à la beauté excitante.
Le sol s'est rapidement
éloigné, ses lampes se sont évanouies, l'avion a éteint
ses phares, baissé son éclairage et s'élève maintenant
sans crainte dans un firmament bleu sombre ponctué des
étoiles qui semblent s'être rapprochées.
Les voix de la terre
se sont tues, la radio est devenue muette. L'avion ne
semble pas avancer, et pourtant il fait le plein de
quiétude dans cette immensité.
Le calme est saisissant,
la terre dort, figée, matérialisée par la seule bande
éclairée des rues des bourgades. Pas une maison ou un
immeuble qui n'apparaît, les habitants ont disparu,
seuls restent les chemins qu'ils ont empruntés et qu'ils
retrouveront au matin. Parfois, un double éclat sinueux
de lumière signale une voiture sur une route de campagne.
Derrière, la ville dispense généreusement son halo blanchâtre
qui monte vers le ciel tel un bouquet dont l'arrondi
se diffuse avec l'altitude les villages - quelques lueurs
regroupées comme des îlots dans une vaste mer - se protègent
d'un environnement hostile. C'est la marque du monde
des vivants, plongés dans un autre espace, négatif du
jour.
Une sorte de calme et
d'euphorie enveloppe alors le pilote qui n'entend plus
le bruit de son moteur tellement le silence de la nuit
le captive. Il n'a conservé de ses sens que la seule
vue ; à cet instant, la solitude est totale, les liens
habituels sont rompus, le voyage intérieur peut commencer…
Maurice
Diéval
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